Reportage :  le rite « Ndeup » soigne-t-il réellement? Qu'en pensent les spécialistes de la santé mentale? 
 

Il est 10h du matin, nous sommes à la plage terrou-bi située prés de la Cour suprême. Les occupants habituels de la plage semblent avoir déserté les lieux à cause de la fraicheur qui s'installe petit à petit à Dakar.  Sur place,   nous assistons à une scène  peu familière.

Tam-tam en bandoulière,  de jeunes percussionnistes  font danser un public visiblement possédé. Tour à tour, les 10 bœufs attachés au milieu d'une foule déchainée sont sacrifiés sur la plage qui verra son eau changer de couleur par l'effet du sang. Certains spectateurs de la scène entrés en transe  sont ramassés en pleine crise au milieu de la foule.  Nous assistons à une pratique appelée  «ndeup».  Quel est son soubassement? A t-elle réellement des effets guérisseurs? Qu'en pensent les spécialistes de la santé mentale ? Bienvenue dans univers ésotérique  peu connu du grand public...

Une pratique plus que centenaire résistant à l'effet du temps...

S'il y a  une  pratique que  ni le temps, ni la modernité n'a pu arracher à ses thuriféraires zélés, c'est bien le rite «Ndeup». Ce dernier,  a en croire la dame O.Ndoye,  appartenant à la communauté lébou, est une pratique traditionnelle qui permet de soigner les personnes qui ont des perturbations pschychiques ou mentales. Notre interlocutrice ne doute pas un seul instant de la fiabilité de ce rite. Cette  pratique mystique revêt chez les lébous une importance capitale.  Elle  permettrait aux adeptes qui s'y adonnent  de maintenir leur équilibre mental au sein de la société. Mieux encore, de l'avis notre interlocutrice, les rites lébous sont indispensables pour la stabilité du Sénégal.  Ces derniers jouent un rôle très importants dans la paix sociale de notre pays. Ce n'est  pas par hasard,  dit-elle,  si chaque année, il est organisé à Dakar le «le grand sarrakh » afin de demander protection à «leuk Daour»,  le génie protecteur de Dakar, face à tous les dangers et malheurs qui peuvent s'abattre sur notre pays.

Qui sont les gardiens de ce rite?

Les lébous sont très jaloux quant à la transmission de ce rite. Ainsi, notre interlocutrice nous renseigne qu'il n'est pas donné à tout le monde de détenir  les secrets de cette cérémonie, qui se transmet de génération en génération. Ainsi,  en vue de garder jalousement les secrets de ce rite lébou, seules certaines personnes de la communauté triées sur le volet sont amenées à hériter de cette connaissance «sacré».  Et qu'en est-il des lébous qui n'y croient pas? Que peut-il leur arriver? A cette question,  O.Ndoye nous raconte l'anecdote de son neveu qui a grandi en France avec un esprit «Toubab». Selon elle, ce dernier qui banalisait ce rite avait souvent des crises car refusant  de répondre à l'appel des esprits de ses ancêtres. Ce n'est qu'une fois au Sénégal, qu'il a commencé à s'adonner au rite du «Ndeup» pour voir sa santé s'améliorer.

Qu'en pensent les spécialistes de la santé mentale?  

Les esprits cartésiens pensent certainement que les spécialistes de la santé mentales réfutent catégoriquement un quelconque effet thérapeutique  du «rite Ndeup». Pourtant, il n'en est rien en réalité. En effet, interrogé sur la question, le docteur Edouard Gagn Bouré, interne des hôpitaux et psychiatre à l'hôpital de fan,  invoque le concept de d'ethno psychiatrie qu'il emprunte au professeur et psychiatre Henri Collomb, un  médecin militaire français qui a  longtemps  été en poste à Dakar.  Ce dernier est fondateur d'une nouvelle approche de la psychiatrie consistant à prendre en compte les facteurs liés à la culture des patients. Il a publié à  ce sujet, dans  la  revue canadienne de psychiatrie:« De l'ethnopsychiatrie à la psychiatrie sociale ». Selon notre interlocuteur, le docteur Edouard Gagn Bouré, le professeur et psychiatre Henri Collomb a eu a expérimenter cette pratique sur une dame que la psychiatrie classique n'arrivait pas à guérir et cela avait donné un effet positif. Ce qui permet à notre interlocuteur de conclure que la psychiatrie ne réfute aucune approche thérapeutique qui a des effets positifs sur le patient. Donc, elle ne réfute pas forcement la pratique du «Ndeup».

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